Est-il jamais venu à l’idée
d’un quelconque entrepreneur de vendre de l’air
? Son affaire serait pour le moins hasardeuse. Il y
a même de forte chance qu’elle s’achève
en bérézina… Qui, en effet, achèteraient
un tel bien, alors que celui-ci est disponible gratuitement
et sans aucune restriction partout (du moins dans l’atmosphère
terrestre) ?
Ainsi en est-il d’un film projeté en
plein air, un train peu utilisé et peu contrôlé,
l’armée de défense nationale,
la formule chimique d’un médicament,
une fois dévoilée ainsi que tous les
savoirs obtenus après un lourd investissement
de recherche… Etant donné le caractère
non-exclusif et non-rival de ces biens, les agents
seront tentés d’en user de manière
clandestine, sans payer. Ces comportements de passagers
clandestins annihilent les perspectives de profit
de telles entreprises. Finalement, même si chacun
reconnaît l’utilité de la production
de tels biens, personne ne sera prêt à
s’y atteler.
Les biens publics doivent donc être pris en
charge par un acteur qui puisse contraindre chacun
à participer à leurs financements. Voilà
pourquoi l’Etat, qui a seul le pouvoir de lever
l’impôt sur son territoire, doit de substituer
aux marchés pour la mise en place d’une
police et d’une justice, d’une armée,
d’un système éducatif, de routes
sans péages, de ports, le développement
de la recherche fondamentale et du savoir, etc.…
Aujourd’hui, la musique ou les films diffusés
sur Internet tendent à devenir des biens publics
: une fois mis en ligne, ils deviennent non-exclusifs
et non-rivaux (ou presque) vis à vis de la
collectivité (du moins de la collectivité,
immense, des internautes). La diffusion de ces œuvres
par Internet permet la quasi-généralisation
de comportements de passagers clandestins à
leur égard. Dans ces conditions, la rentabilité
économique de la production de tels biens est
ainsi menacée, et la motivation des agents
économiques (qui obéissent à
une stricte logique de profit) à en produire
risque d’en être sérieusement diminuée,
voire anéanties.